The Rotterdam Suite
À 143 mètres au-dessus du sol, Rotterdam se lit presque comme un flux. L’eau de la Meuse, de la Schie et des ports traverse la ville, et cette idée se prolonge dans la Rotterdam Suite, un penthouse au 43e étage de De Rotterdam. Le thème du flux se glisse dans les sols, puis dans une paroi de rangement en noyer de 20 mètres de long et dans un îlot de cuisson de 8 mètres. La présence du bois donne un rythme continu à l’espace.
Une suite perchée dans le volume de De Rotterdam
La hauteur change la perception des lignes. Depuis ce penthouse, Rotterdam n’apparaît pas comme un ensemble figé, mais comme une ville traversée par l’eau et par des trajectoires visuelles qui se prolongent d’une pièce à l’autre. Le projet s’inscrit dans De Rotterdam, imaginé par Rem Koolhaas / OMA, et utilise cette position en altitude pour installer une lecture plus lente de l’intérieur. Les surfaces horizontales dominent, tandis que le mobilier fixe structure le parcours sans le fermer.
Le choix d’un thème lié au flux n’est pas seulement narratif. Il se lit dans les transitions, dans la manière dont les matériaux accompagnent le regard et dans la longueur des éléments intégrés. Une paroi en noyer de 20 mètres guide la pièce principale. Elle absorbe une partie de la masse visuelle et maintient la continuité du mur, sans rupture inutile. Face à elle, l’îlot de 8 mètres affirme un second axe, plus bas, plus domestique, mais tout aussi étiré.
Le noyer comme ligne continue
La paroi en noyer est l’élément qui donne le tempo. Sur une longueur de 20 mètres, elle ne fonctionne pas comme un simple décor de fond. Elle organise la pièce, cache ce qui doit disparaître du champ visuel et laisse apparaître ce qui mérite d’être lu d’un seul coup d’œil. Le veinage du bois apporte des variations discrètes, assez présentes pour animer la surface, assez calmes pour ne pas couper l’espace en séquences trop courtes.
Ce traitement du mur renforce l’idée de mouvement. Le noyer agit comme une bande continue qui accompagne la circulation intérieure. Il relie les usages, du rangement aux zones de passage, tout en gardant une échelle domestique malgré la largeur du plan. Dans un intérieur situé à cette hauteur, l’enjeu n’est pas d’ajouter des effets, mais de tenir la ligne. Ici, la ligne existe déjà dans la longueur du mur et dans la façon dont elle prolonge la lecture de la pièce.
Un plan de travail qui prend la mesure de la pièce
L’îlot de cuisson de 8 mètres prolonge cette logique, mais avec une fonction plus directe. Sa longueur donne à la cuisine une présence claire dans l’ensemble du penthouse. Au lieu d’un bloc compact, on obtient une pièce qui s’étire et qui accompagne le mouvement du regard. Le plan de travail devient une surface de liaison. Il marque l’usage culinaire sans isoler la cuisine du reste du volume.
Cette ampleur change la façon de lire l’espace. L’îlot ne sert pas seulement de support technique ; il dessine une frontière souple entre préparation, circulation et partage. Sa portée crée une vraie respiration dans la pièce, surtout lorsqu’elle est mise en relation avec la paroi de noyer. Les deux éléments se répondent par la longueur, l’un en mur, l’autre en table de travail, et installent une géométrie simple, presque linéaire, dans laquelle chaque fonction trouve sa place.
Le flux comme idée de composition
Le mot « flux » devient concret dès qu’on observe les sols. Ils reprennent le thème de manière plus discrète que les volumes fixes, mais leur rôle est essentiel. Ils relient les éléments longs, absorbent les transitions et laissent les meubles parler sans surcharge. Dans un appartement suspendu au 43e étage, ce choix évite la fragmentation. Le sol garde la continuité, tandis que les rangements et l’îlot dessinent les repères nécessaires.
Le projet tient aussi par l’équilibre entre masse et vide. La paroi de rangement en noyer porte une vraie densité visuelle, mais elle n’écrase pas la pièce. Elle s’allonge, puis se retire dans la profondeur du mur. L’îlot, lui, occupe le centre sans bloquer la vue. Entre les deux, la lumière circule librement et met en évidence les proportions. L’ensemble donne une lecture claire du penthouse : une grande pièce ouverte, organisée par des éléments précis plutôt que par une accumulation de gestes.
Des détails qui se lisent dans la longueur
Ce qui frappe, ce sont les dimensions assumées. 20 mètres pour la paroi, 8 mètres pour l’îlot : les chiffres ne servent pas ici à impressionner, ils expliquent la manière dont le projet est construit. Les lignes longues évitent les ruptures et renforcent le sentiment de continuité entre les fonctions. Le regard passe d’un bord à l’autre sans être arrêté par des découpes superflues, ce qui donne au penthouse une lecture très lisible.
Le bois joue un rôle central dans cette impression. Le noyer n’est pas utilisé comme un simple habillage, mais comme une matière qui porte la composition. Sa teinte foncée donne du relief aux volumes clairs et crée un contraste net avec les surfaces plus ouvertes. Cette opposition permet de percevoir la profondeur de la pièce, sans recourir à des effets décoratifs. Le résultat tient dans la précision des proportions et dans la continuité des lignes.
Une cuisine pensée comme partie du paysage intérieur
Dans la Rotterdam Suite, la cuisine ne se isole pas du reste du penthouse. Elle s’inscrit dans la même lecture que les sols et les rangements, avec un îlot qui agit comme un point de gravité au milieu du volume. La longueur de cet élément donne de l’ampleur à l’usage quotidien. Elle laisse place aux gestes, à la préparation, aux échanges autour du plan de travail, sans fermer la perspective sur le reste de l’espace.
Le thème du flux reste présent jusqu’au bout, mais sans lourdeur. Il se reconnaît dans les continuités matérielles, dans la manière dont le bois allonge les surfaces et dans le rapport entre hauteur et horizontalité. À 143 mètres au-dessus du sol, Rotterdam offre déjà une lecture de déplacement et d’eau ; l’intérieur reprend cette sensation par des éléments étirés, des surfaces claires et une écriture précise du rangement. C’est ce lien entre la ville et l’espace domestique qui donne sa force au projet.
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